Construction : la BNB voit un secteur qui résiste, les comptes montrent plus de sociétés en perte
Construction : malgré le recul des permis, le secteur résiste selon la BNB. Les comptes 2025 montrent des sociétés plus solides, mais davantage en perte.
La construction tient bon malgré le recul des permis de bâtir : c'est le constat de la Banque nationale de Belgique, tiré des comptes nationaux. Les comptes annuels que les sociétés du secteur déposent à la BNB permettent de regarder ce paradoxe de plus près, entreprise par entreprise. Ils confirment la solidité du secteur en médiane, mais montrent aussi une part croissante de sociétés en perte depuis 2022.
Le contexte
Le 2 novembre 2026, la Banque nationale de Belgique a publié une analyse du secteur de la construction. Il représente près de 33 milliards d'euros de valeur ajoutée brute en 2025, soit 5,5 % de l'économie belge, plus de 174 000 entreprises et près de 292 000 emplois. Depuis 2022, « le nombre de permis de bâtir recule presque continuellement », et pourtant l'activité du secteur reste « relativement solide ».
La BNB l'explique par la diversité des investissements : la rénovation et l'efficacité énergétique des logements (isolation, panneaux photovoltaïques, pompes à chaleur), les bâtiments non résidentiels des entreprises et des pouvoirs publics, et les travaux de génie civil. Elle rappelle aussi qu'à partir de 2022, la hausse des prix de l'énergie et des matières premières a freiné l'activité réelle du secteur.
Une partie seulement de ces 174 000 entreprises dépose des comptes annuels : les entrepreneurs en personne physique n'en déposent pas. Pour l'exercice 2025, 62 870 sociétés de construction ont déposé leurs comptes (estimation, somme des trois branches ci-dessous). Que disent ces comptes ?
Les chiffres clés
Sociétés de construction ayant déposé leurs comptes, classées selon leur activité principale enregistrée à la Banque-Carrefour des Entreprises. Part des sociétés en perte et part des sociétés aux fonds propres négatifs (estimations), solvabilité médiane (fonds propres sur total du bilan).
| Branche (NACE) | Sociétés 2025 | En perte 2022 | En perte 2025 | Fonds propres négatifs 2025 | Solvabilité médiane 2022 | Solvabilité médiane 2025 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Construction de bâtiments (41) | 13 252 | 24,0 % | 26,2 % | 11,0 % | 38,2 % | 41,4 % |
| Génie civil (42) | 2 168 | 21,0 % | 23,3 % | 8,3 % | 41,5 % | 42,9 % |
| Travaux de construction spécialisés (43) | 47 450 | 19,9 % | 22,6 % | 7,8 % | 42,7 % | 46,0 % |
Ce que révèlent les chiffres
La société type est plus solide qu'avant. La solvabilité médiane progresse chaque année depuis 2019, de 35,0 % à 41,4 % dans la construction de bâtiments et de 39,1 % à 46,0 % dans les travaux spécialisés. Sur ce point, les comptes des entreprises rejoignent le diagnostic de la BNB : le secteur dans son ensemble ne s'est pas affaibli.
Mais davantage de sociétés perdent de l'argent. Entre 2022 et 2025, la part des sociétés en perte augmente dans les trois branches : de 2,2 points dans la construction de bâtiments, de 2,3 points dans le génie civil et de 2,7 points dans les travaux spécialisés (estimations). Dans les trois cas, elle dépasse désormais son niveau de 2019, avant la crise sanitaire : 26,2 % contre 25,6 % pour la construction de bâtiments, 23,3 % contre 18,8 % pour le génie civil, 22,6 % contre 22,1 % pour les travaux spécialisés.
La construction de bâtiments est la branche la plus exposée. C'est la plus directement liée aux permis de bâtir. Plus d'une société sur quatre y est en perte, et une sur neuf a des fonds propres négatifs. Le résultat net cumulé de la branche n'a plus progressé depuis 2022 : 0,76 milliard d'euros en 2022, 0,68 milliard en 2025 (estimation, somme des résultats déposés), alors que le nombre de sociétés qui déposent est passé de 11 171 à 13 252.
Les travaux spécialisés portent l'essentiel de la croissance. Cette branche regroupe notamment les installations électriques, de plomberie, de chauffage et de climatisation, l'isolation et les travaux de finition : les métiers que la BNB associe à la rénovation et à l'efficacité énergétique. Leur résultat net cumulé est passé de 1,98 à 2,23 milliards d'euros entre 2022 et 2025 (estimation).
Le génie civil, un chiffre à lire avec prudence. Son résultat net cumulé a plus que doublé, de 0,37 à 0,83 milliard d'euros entre 2022 et 2025 (estimation). Mais il est très concentré : en 2025, quatre sociétés de dragage et de travaux maritimes, Dredging, Environmental & Marine Engineering, DEME Offshore BE, Baggerwerken Decloedt & Zoon et Dredging International, en réalisent environ la moitié (405 millions d'euros, estimation). Le chiffre de la branche dépend donc surtout de quelques acteurs du dragage.
Ce que les comptes ne disent pas
Les petites sociétés, majoritaires dans la construction, ne publient pas leur chiffre d'affaires : on ne peut donc pas comparer leurs marges sur ventes. La valeur ajoutée de la BNB et nos chiffres ne se comparent pas non plus directement : la BNB compte plus de 174 000 entreprises, bien plus que les sociétés qui déposent des comptes, et les comptes annuels décrivent chaque société à la clôture de son propre exercice. Enfin, une société est classée selon son activité principale enregistrée aujourd'hui, pas celle de l'année du dépôt.
À retenir
- Selon la BNB, la construction pèse près de 33 milliards d'euros de valeur ajoutée en 2025 et résiste au recul des permis de bâtir.
- Les comptes déposés confirment une solvabilité médiane en hausse continue depuis 2019.
- Mais la part des sociétés en perte augmente depuis 2022 dans les trois branches et dépasse son niveau de 2019 : 26,2 % dans la construction de bâtiments, 23,3 % dans le génie civil, 22,6 % dans les travaux spécialisés.
- Le secteur résiste en moyenne ; toutes ses entreprises ne résistent pas.
Les chiffres portent sur les comptes annuels déposés à la Banque nationale de Belgique pour les exercices 2019 à 2025 ; les comptes de l'exercice 2025 sont ceux déposés au 2 novembre 2026, leur nombre est déjà au niveau de 2024.
